Date de publication :  13 juin 2023.

Aujourd'hui nous sommes le : 19/05/24.   

Le fond, la table

Le fond

Là aussi cela commence par du dessin. A partir du manuel, j'extrais les gabarits que je découpe dans du carton épais. Ces gabarits vont me permettre de contrôler le travail de sculpture au fur et à mesure de celui ci.

J'ai choisi un fond en une seule pièce car l'opération de collage des deux moitiés me semblait assez délicate et j'ai préféré l'éviter. Je n'y ai pas échappé pour la table car les tables sont toujours en 2 pièces, enfin, plus précisément, on ne trouve pas facilement à acheter de planche d'épicéa suffisamment large dans la qualité requise. J'ai néanmoins découvert depuis, un luthier qui fait ses tables en une pièce.

Pour ce qui est du fond les avis sont davantage partagés. Certaines sources comme Maugin (Manuel du luthier page 8)  recommandent le fond une pièce et d'autres non.

Donc je découpe de manière sommaire la planche. J'ai utilisé pour celà une scie sauteuse et une scie à cadre à main. L'érable est dur, dur à couper dans cette épaisseur de 25 mm. Je me payerai sans doute une scie à ruban pour le prochain violon !

Ensuite je trace un axe et je perce sur cet axe un trou de guidage de diamètre 1,5 mm à chaque extrémité, à la position de ce qui sera plus tard la gorge du filet. Ils sont placés à cet endroit pour une raison esthétique car ils seront rebouchés par une petite cheville qui restera visible sur le violon terminé. Cette pratique n'est pas nouvelle comme le montre l'illustration suivante extraite du livre de Heron-Allen (violin making.... page 165)

Ces trous constituent une référence importante pour la suite du travail car on ne peut utiliser les bords  qui  ne sont pas, à ce stade, assez précis pour servir de repère et que tout tracé sur les surfaces disparait lorsque l'on creuse. Leur premier usage est de guider le positionnerment des gabarits durant le travail d'ébauche. Ils serviront aussi, plus tard, à positionner précisément le fond sur la couronne d'éclisses lors du collage. 

Et ensuite j'attaque à la grosse gouge.

C'est parti...!

Au début je pratique un calage de la pièce à travailler à l'ancienne avec le fond en butée sur un chevron serré sur l'établi. Plus tard, je trouve une meilleure solution en utilisant un étau de sculpteur. C'est vraiment très pratique...

Je contrôle régulièrement les cotes à l'aide des gabarits, il y a encore du travail!

Les choses se précisent...

Petit à petit...

Sur l'image précédente j'ai un peu anticipé l'usage du rabot (le petit rabot à dents pour l'érable ondé). Il me tardait d'essayer cet outil pour voir le résultat (bien visible en effet sur le bas de la photo).

Le ratissoir succède à la gouge et au rabot à dents.

Les bords sont terminés et mis à épaisseur quasi définitive à la lime (c'est long...).

En voici le détail au niveau du talon.

Le niveau de finition est suffisant pour attaquer la suite.

Je trace le contour définitif sur la base de la couronne d'éclisse. J 'utilise pour cela une rondelle de 3mm ce qui m'amène en fait à un tracé à 3,5 mm. C'est 1mm de plus que la cote théorique du manuel, mais on peut constater de telles valeurs sur certains violons anciens et je préfère disposer d'un peu de marge pour les opérations suivantes.

En suivant le tracé obtenu, le contour définitif est fini au canif et à la lime (c'est précis mais c'est encore long...).

Avec ce contour définitif et un bord parfaitement plat il est possible de tracer l'emplacement des filets à l'aide d'un trusquin et de les approfondir en plusieurs passes avec un canif. Les indications données par le manuel sont très utiles pour réaliser convenablement ce travail.

Il ne faut vraiment pas forcer et préférer revenir plusieurs fois. On comprend vite une bonne manière d'assurer le tracé en prenant légèrement appui sur le bord :

Une fois que les contours de la gorge sont à la profondeur voulue, sensiblement la moitié de l'épaisseur, la gorge est creusée à l'aide d'un outil spécifique, une sorte de bédane que j'ai meulé aux dimensions voulues.

Cet outil figure ici sur la droite de l'image.

Puis vient le collage des filets. Là aussi les indications du manuel sont extrêmement précieuses.

Une fois le filet collé, je creuse le ragreyage: sorte de gorge au niveau du filet qui se raccorde en douceur à la voûte de l'instrument. Le ragreyage est initié à la gouge et terminé au ratissoir.

Un dernier petit coup de rabot à dents pour corriger la hauteur de voûte avant finition au ratissoir.

Pour fixer le fond pendant qu'on en creuse l'intérieur, il n'est malheureusement plus possible d'utiliser l'étau de sculpteur. Traditionnellement, le luthier calait simplement son ouvrage sur l'établi avec une planche en butée et un "tapis épais plié en plusieurs épaisseurs pour que la voûte extérieure ne pas froissée au contact de l'établi" (Milland, manuel pratique de lutherie).  De nombreuses solutions plus pratiques ont cependant été développées par des luthiers professionnels ou amateurs. J'ai opté pour la réalisation d'un berceau en contreplaqué destiné à accueillir la table ou le fond (berceau ici pendant son collage).

Une fois équipé, je peux attaquer le creusage du fond.

La table

La table est en deux parties, ce qui nécessite de procéder à un collage des deux planches sur la tranche. Cette opération m'a beaucoup inquiété car il faut assurer un plan de joint parfait et aussi un serrage adéquat des pièces pendant le collage.

Réaliser un plan de joint au rabot à la main est beaucoup moins évident qu'il n'y paraît. Après quelques essais et examen du joint obtenu à la lumière traversante (l'examen est impitoyable !) je me suis rendu compte que je ne parviendrais sans doute pas à un résultat satisfaisant dans un délai raisonnable, d'autant qu'une varlope serait plus appropriée que le rabot dont je dispose. L' art du rabot est, je pense, la compétence de travail du bois qui demande le plus de temps à acquérir. J'ai donc décidé, pour cette fois, d'utiliser la technique de la défonceuse. 

Pour cela J'ai collé les 2 planches de la table sur deux baguettes de bois (supports provisoires) en laissant entre les planches un interstice légèrement inférieur au diamètre d'une fraise droite. le passage de la fraise dans cet interstice rectifie les deux surfaces. Avec cette méthode j'obtiens un joint parfait, et il ne reste plus qu'à décoller les supports provisoires.

Ci après, le dispositif en cours de collage. Les cales en bois dans l'interstice sont destinées à en ajuster la largeur, elles seront bien sûr enlevées et le dispositif sera retourné pour fraiser à la défonceuse.

Complément ajouté le 13/06/2023

Les 2 photos suivantes, faites avec la table de mon 2ème violon, montrent les étapes suivantes.

Le dispositif est retourné.

Le défonceuse, guidée par la règle, fait son travail.

Une fois le joint réalisé je peux procéder au collage des deux parties. A la technique exposée dans le manuel je préfère la technique ancienne du joint frotté. On à du mal à croire à l'efficacité de cette technique avant d'avoir essayé, mais cela marche parfaitement (du moins lorsque le plan de joint ne laisse pas de jour!).

D'abord, j'immobilise verticalement une des deux parties dans la presse de mon établi, le joint vers le haut,  j'étends généreusement de la colle sur le joint des deux parties, j'amène la deuxième partie en contact avec la première et j'appuie en frottant longitudinalement de gauche à droite cette partie contre l'autre. Progressivement cela devient de plus en plus difficile de frotter, à un moment je m'arrête de frotter  et...c'est tout, c'est collé!

Evidemment la difficulté est de s'arrêter dans la bonne position avec les deux parties à peu près dans le même plan mais ce n'est pas insurmontable.

Ce qui est remarquable avec cette méthode c'est l'absence de serrage, ce qui est toujours difficile à réaliser de manière uniforme avec de grandes pièces. Il y quelques vidéos sur le net qui montrent bien comment cela se passe, par exemple celle ci à la toute fin de la vidéo après la phase de préparation faite à la varlope. (Violin rubbed joint )

La table collée, je trace et je découpe un contour approximatif.

Comme pour le fond j'ai positionné deux pions de centrage. Ici, le repérage sera facilité car le joint fait office d'axe de symétrie et il reste, bien que très fin :-), toujours légèrement visible. Contrairement au fond les trous n'auront pas besoin d' être rebouchés car ils seront dans la partie de table découpée pour le manche,  à une extrémité, et pour le sillet du cordier, à l'autre extrémité.

Je colle alors une cale pour visser la table sur l'étau de sculpteur.

Et... c'est parti pour la sculpture.

Il serait possible d'envisager de réaliser ce travail de manière mécanisée avec une défonceuse. C'est une des options préconisée par le manuel. Mais je trouve que cela revient à faire disparaître un geste très sensuel de travail du bois pour y substituer un important travail de réglage et de préparation de la  machine beaucoup moins agréable et même un peu stressant car on perd en partie le contrôle direct de ce que l'on fait (je trouve que l'on ne voit jamais très bien ce que l'on fait avec une défonceuse,et il ne faut surtout pas s'être trompé dans les préparatifs préalables du gabarit et du guidage !)

Certes la forme finale obtenue à la main est sans doute moins précise qu'à la machine (par rapport au modèle) mais je ne suis pas convaincu que cela ait finalement une très grande importance. C'est aussi beaucoup moins bruyant et pas beaucoup plus long car ce n'est que l'ébauche qui peut être mécanisée et le travail de l' ébauche à la grosse gouge est assez rapide. Donc je préfère définitivement la gouge à la défonceuse.

L'épicéa est beaucoup plus tendre que l'érable du fond mais ce n'est pas toujours un avantage car il est très facile d'engager l'outil trop profondément. La finition au ratissoir est aussi plus délicate car il faut faire très attention au fil du bois.

Comme le fond, la table est amenée à son contour définitif au canif et à la lime. Les pions ont permis un positionnement précis sur la couronne d'éclisses pour tracer le contour avant cette découpe.

Le tracé et le creusement de la gorge du filet se font avec les mêmes techniques et outils que le fond. C'est plus facile mais beaucoup plus délicat.

Aaaargh....!

C'est justement le genre de catastrophe qui peut arriver dans le tendre épicéa.

En fait ce n'est pas tellement grave. Il suffit de recoller tout de suite l'éclat à sa place et... on ne voit plus rien !

Ci après, on peut voir les 3 outils utilisés, dans l'ordre de leur usage, le trusquin, le canif et le bédane.

Je prépare ensuite les filets en les coupant à dimension et en les les courbant au fer à cintrer.

Une fois les filets préparés, je les colle.

Le travail de finition reprend: gouge, rabot puis ratissoir. Le problème du débutant c'est que l'on passe...un peu rapidement au deuxième et au troisième outil. Cela n'accélère pas le travail!

Il est temps d'attaquer le creusement de la table.

Publication initiale: le 6 juillet 2017

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