Date de publication :  17 mai 2023.

Aujourd'hui nous sommes le : 21/09/23.   

Le vernissage

Aaah...! Le vernis.

On a sans doute plus écrit sur les vernis ou plutôt sur les "secrets" des vernis des luthiers de Crémone que sur tout autre sujet relatif à la lutherie.  La sonorité incomparable des anciens instruments viendrait de recettes de vernis aujourd'hui disparues. On sait aujourd'hui qu'il n'en est rien. C'est vrai que la sonorité d'un instrument en blanc est un peu différente de celle de  l'instrument verni, sans doute un peu plus acre ou mordante.  C'est ce que, moi aussi, je vais pouvoir constater subjectivement sur mon premier violon. Cependant le vernis ne change pas fondamentalement la qualité acoustique de l'instrument, il est plutôt susceptible de l'affecter s'il est trop épais ou pénétrant. D'ailleurs, la prétendue supériorité des instruments anciens sur les nouveaux est, elle aussi, un mythe qui a été brisé récemment par des expérimentations rigoureuses menées par la chercheuse Claudia Fritz http://www.lam.jussieu.fr/Membres/Fritz/HomePage/Vincennes.html (voir aussi article wikipedia en Français relatif à la première étude https://fr.wikipedia.org/wiki/Préférences_des_instrumentistes_parmi_des_violons_neufs_et_anciens.)

Il demeure que ces anciens vernis ont toutes les qualités requises mais que leur composition précise ainsi que leur mode d'application sont inconnus. Néanmoins, de récentes analyses ont permis de clarifier la nature des ingrédients. C'est ainsi que l'on sait à présent qu'Il s'agit de vernis à l'huile qui incorporent des résines de conifères (pinacées) et que la coloration lorsqu'il y en a est obtenue notamment par ajout de cochenille ou d'oxyde de fer: https://www.researchgate.net/publication/269575243_Le_vernis_des_violons_italiens_histoire_d'un_mythe. Ces analyses récentes périment une grande part de la littérature antérieure sur le sujet!

Prenant en compte ces informations je décide d'adopter un vernis à l'huile. Paul Altenburger ne recommande pas au débutant de faire son vernis soi même mais plutôt de se procurer un vernis spécifique lutherie auprès d'un fournisseur adéquat. Au vu du prix des rares produits proposés, disponibles uniquement sur le web, et de la difficulté à avoir un avis sur leur qualité, je me dis que, finalement, il vaut peut être mieux ne pas suivre la recommandation. J'élabore donc mon propre vernis.à partir d'ingrédients disponibles sur internet.  

Je finis l'instrument au ratissoir et au papier de verre grain 600 afin d'obtenir l'état de surface requis pour un vernissage. Le ratissoir est le seul outil qui permette un bon résultat en partie courante de l'épicéa et il faut prendre le fil du bois dans le bon sens. Le papier de verre peut, quant à lui,  être utilisé dans les coins ou sur l'érable. 

Je mets à profit le généreux soleil de ce printemps pour exposer l'instrument aux ultraviolets. C'est sans danger car il ne fait pas encore très chaud. J'expose ainsi durant une semaine avant de pratiquer tout traitement. Même après un délai d'exposition aussi court une légère coloration du bois est déja perceptible . Pour accentuer cet effet de coloration préalable du bois lors de la réalisation d'un prochain violon, j'envisage un temps plus long ou l'utilisation d'une cabine à ultraviolets qui est réputée efficace.

Le premier traitement est constitué par la couche de fond (ou encollage) à base d'alcool, de sandaraque et d'élémi. Je l'étends en deux couches au pinceau en attendant 24h entre chaque couche.

La présence de mon assistant dans les parages réduit le risque que des oiseaux ne viennent se soulager au dessus du violon.

J'essaye diverses manières de supporter l'instrument. Celle ci est finalement plus pratique.

Après le fond, commence le vernissage proprement dit. J'oublie le pinceau et j'étends mon vernis à l'huile au doigt. Cela faisait longtemps que j'avais envie de procéder à un vernissage de cette manière car je sais d'expérience que la maîtrise de l'épaisseur d'un vernis et l'évitement des coulures ne sont pas une sinécure surtout que le vernis du violon doit être très fin. Les doigts ou la paume  permettent un contrôle précis de l'épaisseur de la couche surtout dans les coins (on peut aussi, si on préfère, utiliser un gant nitrile fin).

J'applique une première couche de vernis incolore. 

Après 5 jours de sèchage, le test de l'empreinte du doigt est satisfaisant ( il s'agit de presser légèrement l'index sur le vernis et de vérifier s'il reste une empreinte digitale marquée). Je ponce alors avec de la laine d'acier 000 puis j'essuie soigneusement pour éliminer toute trace de laine d'acier après poncage.

A 7 jours, j'applique une deuxième couche légèrement colorée à l'oxyde de fer.

A 11 jours, je ponce  au tripoli et à l'eau. Cela donne un aspect satiné en surface. Après nettoyage, j'applique une troisième couche incolore.

A 19 jours, je ponce à nouveau au tripoli et à l'eau.

Je décide d'en rester là pour, durant quelques mois, essayer de manière plus approfondie le violon. Cela me permettra d' évaluer l'impact du vernis sur la sonorité du violon, de vérifier qu'il ne la déteriore pas et d'apprécier l'intérêt éventuel d'appliquer d'autres couches. D'un point de vue esthétique, la teinte très claire du violon me convient bien et je sais qu'il va progressivement s'assombrir avec le temps.

La dernière opération est la finition de la poignée qui n'est pas vernie. Je l''enduis dhuile de lin cuite. Pour cela je passe 2 couches au pinceau à 24h d'intervalle et je frotte après chaque couche un chiffon imbibé d'huile et de pierre ponce.  J'utilise de l'huile de lin cuite pour ses propriétés siccatives. 

Après une couche de vernis légèrement teintée à l'oxyde de fer:

Le résultat final, en extérieur à la lumière du jour, 3 mois après la dernière couche ( je n'ai pas repeint le mur !).

Le voici à l'intérieur à la lumière du matin.

Rendez vous pour la prochaine photo dans un an !

.......

.......

Le temps passe vite. Le 24 juillet 2018, soit un an après,  je prends une nouvelle photo dans des conditions analogues.

...analogues, c'est un peu vite dit. J'ai, entre temps, changé d'appareil photo. Les différences en ce qui concerne les réglages de base de l'appareil ainsi que le rendu du capteur proprement dit sont vraiment très importantes . De plus, la lumière du matin n'est certainement  pas non plus la même.

J'ai cependant essayé de réduire l'écart et la photo publiée ici est une photo légèrement retouchée. J'ai considéré que la teinte de la table ne devait pas avoir beaucoup bougé car elle a 40 ans. Je l'ai prise comme référence et j'ai modifié dans Darktable la saturation (-0,2) et la luminance (+0,5) jusqu'à obtenir 2 tables avec des teintes voisines. Je n'ai pas modifié la balance des couleurs.

Si l'on considère donc que la teinte de la table a peu bougé on remarque que celle du violon a légèrement forci, nonobstant ces ajustements réalisés et aussi les imperfections de la chaîne de traitement d'image, notamment le rendu à l'écran. Néanmoins, les ajustements minimisent l'écart de teinte qui, autrement, est beaucoup plus visible.

C'est donc juste qualitatif. Je continuerai à faire un suivi dans le temps afin d'en tenir compte pour le vernissage des instruments à venir.  Peut être que dans 300 ans la teinte sera voisine de celle des instruments Crémonais !

Des compléments sont disponibles à la rubrique ressources ou à propos.

Publication initiale: 13 septembre 2017

Retour à   Mon premier violon

  ⌂ Accueil     ⇧ Haut de page  

Nombre de visites :   166    

Le contenu de ce site est libre et mis à disposition selon les termes de la Licence Art Libre
et selon ses termes de confidentialité

Le site est construit par Jakez avec Wagtail et hébergé par o2switch