Date de publication :  12 juin 2023.

Aujourd'hui nous sommes le : 25/04/24.   

La finition de la table

Pourquoi une ouïe à cette position ... inhabituelle?

Sur une guitare archtop ce n'est structurellement pas une bonne idée de faire un trou au milieu de la table, c'est pourquoi en général les ouïes sont du type violon, sur les côtés. Cependant, d'une part, le timbre de ces instruments ne me convient pas vraiment et, d'autre part, ce n'est pas nécessairement la meilleure position. Ce point avait déjà été soulevé par Tolbecque (l'art du luthier 1903). Il avait expérimenté un violon pour lequel il n'avait pas percé la table afin d'en maximiser la surface vibrante. Il avait percé les ouïes dans les éclisses. Cette innovation n'a pas rencontré de succès pour la lutherie des instruments du quatuor mais des luthiers contemporains ont fait des choses similaires pour les guitares, par exemple Ken Parker . Je n'ai pas souhaité aller dans cette voie du fait de la complexité de réalisation et aussi pour des raisons esthétiques. Mais j'ai cherché comme eux à positionner l'ouverture dans une partie moins active de la table.

Une autre question est la surface de l'ouverture. J'en ai relevé cette surface pour différentes guitares que je connaissais et j'ai aussi trouvé deux études inspirantes: la première est une publication de la "Royal Society" qui montre l'importance du périmètre et donc de la forme pour une surface donnée et explique ainsi l'évolution historique des ouïes du violon, la deuxième est une approche expérimentale qui complète bien le sujet pour la guitare. Pour les ouvertures circulaires la surface et le périmètre sont faciles à calculer et, heureusement, pour un dessin quelconque comme le mien, une fonction spécifique de inkscape fait ces calculs. Et, enfin, il faut garder à l'esprit, une dernière considération pratique, il peut être utile de pouvoir y rentrer la main...

Avec tout ça, j'ai dessiné ... et redessiné jusqu'à ce je trouve le résultat satisfaisant. Dans le dessin définitif, j'ai aussi fait en sorte que la pointe de la goutte soit à peu près perpendiculaire aux fibres du bois.

Il ne reste plus qu'à creuser.

J'ai utilisé ici un nouvel outil très pratique en lutherie ( mais pas que...), la ponceuse oscillante, idéale pour cet usage. Un filet en noyer récupéré sur une chute d'éclisse va décorer l'ouverture et en consolider le bord. J'utilise de l'adhésif de masquage comme serre-joint.

Puis vient le barrage.

Le tracé avec la rondelle permet d'obtenir un profil voisin de celui de la table. Ce profil est affiné, pour que l'ajustement soit précis, puis collé. J'ai positionné préalablement, des petits taquets provisoires pour que la barre reste bien en place lorsque je dispose les serre joints La deuxième barre est traitée de la même manière.

Le barrage est dit "parallèle" (c'est un peu un abus de langage !). Une barre semblable à celle du violon coté gauche (vu de l'extérieur) et, coté droit en l'absence d'âme, une deuxième barre symétrique . J'ai suivi à peu près les indications de Robert Benedetto. Une autre possibilité serait le barrage en X, souvent rencontré sur les archtops.

La suite consiste à profiler les barres et en amincir les extrémités.

Je règle l'épaisseur du bord de la table à sa valeur presque définitive (+0,5 mm)

La table peut maintenant être collée. J'ai dû rallonger de manière significative mes presses de violon et en ajouter quelques unes ! Initialement je craignais d'utiliser la méthode de collage par parties. Pourtant, avec des grosses pièces, le risque de refroidissement de la colle et son figeage avant mise sous presse est trop important pour faire tout le joint d'un seul coup. Après l'avoir essayée je trouve désormais que la méthode de collage par parties est facile d'emploi, sécurisante et beaucoup moins stressante. Je procède de la manières suivante:

  • je mets en place toutes les presses,
  • j'en enlève 3 ou 4 contiguës,
  • je réchauffe un peu le joint ainsi ouvert au décapeur thermique,
  • j'introduis la colle dans le joint avec une spatule fine ( jauge de mécanicien de 0,2 mm),
  • je resserre ces presses,
  • j'enlève à nouveau 3 ou 4 presses dans la continuité des précédentes, j'encolle et je resserre,
  • je continue à faire le tour de l'instrument jusqu'à ce que toutes les presses soient serrées.

Après en avoir rogné le bord au ras des éclisses, la table est prête pour la réalisation de la feuillure qui recevra le filet. Je creuse cette feuillure à la main avec trusquin et canif.

Le filet a un objectif esthétique et de protection de la table car les bords en épicéa sont fragiles et le bout exposé. Il peut être fait en bois dur, de fil, ou parfois (souvent?) malheureusement en plastique.

Initialement j'ai songé à faire une finition semblable à celle du violon: débord de table et filet incrusté quelques mm à l'intérieur de la table (en noir sur schéma ci contre). Certains luthiers guitare le font mais je trouve que cela présente 2 inconvénients. Comparée à celle du violon, l'utilisation de la guitare est différente, le bord de table relativement fragile est plus exposé et un débord serait sans doute plus inconfortable pour le musicien.

Je retiens donc le choix d'un filet en bordure pour solidifier cette bordure, et, pas de débord vis à vis des éclisses. J'ai mis une contre-éclisse fine pour augmenter la surface vibratoire de la table. En conséquence, mon filet ne doit pas non plus être profond, ce qui va bien avec ma recherche de quelque chose de sobre. Une bonne solution est le filet 1/2 épaisseur table comme cela a été pratiqué sur les luths ou les guitares anciennes. Mon filet de bord de table fait 2 mm x 2 mm et est taillé dans les chutes d'éclisses en noyer.

Le filet que je réalise est différent de ce qui se fait en général pour les guitares. En général il est beaucoup plus large et masque le joint entre la table et les éclisses. Conserver ce joint visible permet de faciliter un éventuel détablage de l'instrument comme pour les violons.

Je ne mets pas de filet sur le fond qui est beaucoup moins fragile que la table.

Le collage du filet présente moins de difficultés que je ne l'imaginais. Pratiquement, je prépare deux filets, un pour chaque coté de la table. Je les cintre au fer à la forme de l'éclisse. Le serrage est fait avec de la bande de masquage et, avec une ficelle, pour les endroits plus difficiles au milieu des éclisses. Comme j'utilise de la colle animale j'ai pu facilement reprendre un joint imparfait en réchauffant au décapeur thermique et en resserrant immédiatement. Je colle les 2 filets, distinctement, l'un après l'autre, pour optimiser mon serrage.

La boîte harmonique est presque terminée. Il est temps de s'intéresser au manche.

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