Date de publication :  12 juin 2023.

Aujourd'hui nous sommes le : 24/04/24.   

Le manche de la guitare

Le manche est, au départ une planche corroyée de 25 mm . J'ai choisi l'érable car il a les propriétés mécaniques requises et ses pores serrés permettent de faire une finition simplement à l'huile. C'est de cette manière que l'on procède pour les instruments du quatuor et cela donne une surface très confortable pour la main. Et, l'érable ondé est très esthétique.

La première chose à faire est de découper dans cette planche le morceau qui servira à faire la tête.

La planche est coupée en biseau et, la petite partie est collée sur l'envers de la partie principale pour donner un angle à la tête par rapport au manche. Les piques"à brochettes" servent de pions de centrage pour que l'assemblage ne glisse pas lors du collage. Elles sont disposées sur les bords, dans une partie qui sera enlevée lorsque l'on détourera la tête.

A ce stade je creuse aussi, à la défonceuse, la gorge qui abritera la barre de réglage ("truss rod") car elle va servir d'axe de symétrie et donc de référence pour les travaux qui vont suivre. (ci après équipée de sa barre du type à double action)

Après le collage, la tête est rabotée sur le dessus et réduite à son épaisseur définitive par en dessous.

Je découpe aussi les morceaux qui vont être collés pour constituer le talon, toujours à la scie japonaise.

Il s'agit ensuite de découper le tenon pour la jonction du manche au corps.

La mortaise, sur les éclisses, est faite aux dimensions du tenon.

C'est heureux, les deux vont bien ensemble !

Ensuite je découpe les cotés du manche et je donne la forme définitive au talon pour la surface qui sera en contact avec les éclisses. Le gabarit papier collé sur le talon permet de le faire précisément.

Il y a alors un travail d'ajustement précis à faire pour que les arasements du talon épousent la surface des éclisses. C'est cette surface qui "porte" et transmet l'effort généré par la tension des cordes, car je laisse un léger jeu entre l'about du tenon et le fond de la mortaise. En fait, pour diminuer la surface à ajuster j'ai évidé l'intérieur de ces arasements et, seul un contour de 2 mm de large, est en contact avec les éclisses.

Les joues entrent dans la mortaise sans jeu, mais sans forcer. non plus.

Pour la suite des opérations il est nécessaire de désolidariser le moule squelette du corps de l'instrument.

Concernant la liaison du manche avec le corps, il y a deux possibilités. L'assemblage collé ou l'assemblage boulonné. Il y a beaucoup de débat sur la supériorité supposée de l'assemblage collé pour la transmission vibratoire du manche au corps. Et, dans le passé, les instruments réputés et chers étaient toujours collés, mais ce n'est très largement plus le cas aujourd'hui. Pour ma part, je ne crois pas beaucoup aux arguments avancés sur la supériorité de l'assemblage collé et, l'assemblage collé tel qu'il est pratiqué sur les guitares avec tenon et mortaise en queue d'aronde est assez difficile à bien réaliser. De plus l'assemblage boulonné est facile à démonter au besoin (et c'est assez pratique même pendant la construction).

J'ai donc choisi de faire un assemblage boulonné et, parmi les solutions possibles j'ai retenu celle de William R. Cumpiano décrite sur son site.

Il faut, en premier lieu réaliser deux perçages au fond de la mortaise du manche bien perpendiculaires à ce fond. C'est assez difficile à main levée et il n'est pas vraiment possible de mettre la guitare sous le support de perceuse vertical ! J'ai donc fait une cale de guidage, faux tenon, facile à percer précisément et qui va me servir de guide pour percer la mortaise correctement.

Sur la photo ci après, je colle un renfort en érable sur le tasseau (que j'ai fait un peu léger). Des vis de guidage traversent le faux tenon et le fond de la mortaise.

Ensuite ce sont les trous du fond de mortaise qui me guident pour percer le tenon du manche . Le ruban adhésif bleu est un repère de profondeur sur le forêt de la perceuse !

Je positionne, dans l'axe du perçage réalisé, sur les joues du tenon l'emplacement des cavités qui vont recevoir les écrous tonneaux . Le foret me permet, ici, de contrôler visuellement le bon alignement de mon tracé.

Les deux cavités sont creusées et les boulons en place. Il s'agit de boulons à écrous tonneaux (ou de baril) faciles à se procurer car utilisés couramment pour l'assemblage des meubles. J'ai simplement mis à longueur les vis.

Il reste un morceau à tailler et coller pour l'extension du manche.

Cette extension supporte l'extrémité de la touche et son épaisseur est réduite de manière à ce qu'elle survole la table de quelques mm. C'est encore une disposition, similaire à celle du violon, qui contribue à ce que la surface utile de la table qui vibre effectivement soit la plus grande possible.

Je m'intéresse maintenant au travail de finition des incrustations de tête de manche car il me sera plus facile de recommencer sur une nouvelle plaque de tête si les choses ne se passent pas bien ! Après avoir lu quelques retours d'expérience sur la possibilité de faire des incrustations avec une petite fraiseuse à commande numérique (CNC), je me suis procuré une CNC.

J'utilise de l'ivoire végétal (appelé aussi tagua, corozo) pour faire des incrustations claires qui contrastent bien avec le noyer ou avec l'ébène. C'est une noix que je découpe en tranches dont je rectifie la surface à la CNC.

Pour le fraisage, plusieurs paramètres sont à fixer: diamètre de la fraise, vitesse de de déplacement, sens de déplacement, marges ...

Il faut un peu d'expérimentation pour fixer ces paramètres et définir les contours, positifs sur la noix, et négatifs sur la plaque de tête en noyer, afin que que les pièces s'emboîtent légèrement serrées.

Après quelques essais j'usine les pièces définitives.

La plaque de tête est découpée et positionnée puis collée sur le manche. Elle est alignée précisément sur la gorge centrale du manche à l'aide de la ficelle nouée sur le pion de centrage au bout de la table. Une fois le positionnement fait les piques "à brochettes" empêchent la glissade lors du collage.

Je prépare la touche à partir d'une planche en ébène que je dégauchis et rabote.

Je la découpe aux dimensions du gabarit.

Je redonne quelques passes de 1/2 varlope sur la touche et aussi sur le manche avec son extension afin que les deux surfaces joignent bien.

Ensuite, il faut scier les encoches de logement des frettes sur la touche. C'est un travail qui doit être très précis (<1/2mm) car la justesse de la guitare en dépend. On peut procéder au traçage à la main avec un réglet et un pied à coulisse. On peut aussi, si l'on trouve l'activité fastidieuse et délicate, utiliser un gabarit et une boîte à onglet spécifique. Il existe plusieurs dispositifs sur le marché, j'ai retenu l'outil abordable et ingénieux développé par des membres du forum Lutherie Amateur.

Je l'ai complété par une petite scie japonaise dont la voie fait la largeur de la base d'un pied de frette. (Sur la photo ci après, la planchette en pin remplace la touche). Avec cet outil le sciage des sillons de frettes ne présente pas de difficultés.

La phase suivante est la mise en forme. Il s'agit de donner à la surface de la touche une forme courbe en arc de cercle d'un rayon (radius) déterminé: ici 16 pouces. Cela se fait simplement en ponçant à la main avec une cale à poncer assez longue avec la courbure adéquate. Je l'ai faite comme cela est indiqué sur ce site. Pour aller bien droit je colle la touche au double face sur un support adéquat et je guide le déplacement de la cale sur le bord vertical dudit support. On voit sur la photo les traces d'ébène sur l'abrasif de la cale, c'est le début du travail. La méthode est efficace et somme toute, assez rapide.

Pour immobiliser la touche sur le manche pendant le collage, les piques à "brochettes" ne conviennent pas et j'utilise la méthode des taquets latéraux employée aussi pour les barres de la table. La touche est alignée et immobilisée avec les élastiques, et je colle des taquets.

Le fait de monter le manche sur la caisse permet d'avoir un bon contrôle visuel de l'alignement correct de la touche. Cela se fait encore avec la ficelle que j'ai alignée sur les repères tracés sur les morceaux de ruban adhésifs sur la touche.

La touche, calée entre les taquets, peut être collée sans risque de glissade malencontreuse.

Le perçage des trous des mécaniques est fait à la perceuse colonne

Puis, vient le frettage proprement dit. J'ai compris que certains frettaient la touche avant son collage sur le manche, sans doute pour pouvoir reprendre plus facilement en cas de problème. Je préfère le faire après collage car cela évite d'avoir à coller une touche sans doute un peu déformée en arc de cercle par les frettes, et aussi, car c'est plus rassurant d'avoir un peu d'épaisseur de bois sous les coups du maillet ! Les outils utilisés sont : le maillet pour enfoncer les frettes dans les rainures et les tenailles pour couper les extrémités qui dépassent au ras de la touche.

L'éclairage rend bien visible les petites aspérités du bord du pied de la frette prête à être mise en place. Le trait de scie fait juste la largeur de la base du pied de frette et ces petites aspérités ancrent la frette dans le bois de la touche. Je n'ai pas mis de colle.

Je finis le bord des frettes à la lime.

Et, je crée un chanfrein à 45° sur les bords, toujours à la lime montée sur un support-guide au bon angle. La finition sera faite avec une petite lime, une frette après l'autre, pour en arrondir complètement le bord.

Je détoure la tête du manche, d'abord grossièrement. Je finirai précisément avec la ponceuse oscillante.

Pour compléter le profilage du manche, il faut , après avoir réduit les bords à la largeur de la touche, amener l'épaisseur un peu au dessus de sa cote nominale. Le manche est fixé pour cela sur la cale de ponçage munie de liège afin de ne pas abîmer la touche frettée.

J'ai tracé sur la surface plane obtenue, des traits repères pour tailler les facettes préalables à la création de l'arrondi du manche. La taille est commencée au wastringue suivi de la gouge ou du rabot

Le contour de la tête ainsi que l'ébauche de la jonction tête manche sont réalisés.

Après les gouges et les rabots, j'utilise les limes, ratissoirs et papiers abrasifs. Le contrôle de l'arrondi est fait avec les gabarits.

Le manche est presque terminé. C'est l'heure d'aborder les finitions.

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